06/2006 - M-moi encore !
Comment un baiser a-t-il pu me mettre dans pareil état ?Je n'avais d'yeux que pour sa copine qui représentait un certain idéal féminin à mes yeux; je ne cessais de l'observer, je recherchais son regard alors qu'elle fuyait le mien.
Jamais je n'aurais oser les aborder par timidité ou peur du ridicule. Je me suis contentée de parler d'elles à ma copine de tablée et de bringue. Extravertie comme elle est, elle ne m'a pas laissé dire ouf qu'elle les prenait déjà en photo et allait leur parler... Je ne savais plus où me mettre... Quoi faire, quoi dire ? Si ce n'est me cacher dans un trou de souris. Dans mon cas, pas moyen... Même pas une bouche d'égout près de moi pour m'y enterrer. La situation m'a déstabilisée.
Observer la vie et la regarder sans broncher oui mais l'affronter ainsi : impossible !
Je suis pourtant capable d'agir quand il le faut mais pas ainsi et aussi naturellement. Pas aussi vite. Pas comme ça. Mes sentiments sont difficiles à exprimer et il me faut un minimum de temps pour me laisser aller et me libérer avant d'aller vers l'autre.
L'effet de la techno en plein air et l'ambiance de la fête de la musique aidant, je me suis laissée submerger par la rencontre hasardeuse de ce binôme... Bien qu'attablées avec d'autres amis, je n'ai vu qu'elles deux... mais je ne pouvais décidément rien faire de plus que les regarder. Cela me contentait malgré tout. J'apprenais à les ressentir en les observant bouger et se comporter.
Je suis restée bloquée un moment sur la plastique d'A. Presque trop parfaite pour moi car je me lasse vite de la perfection. En revanche, j'ai complètement craqué pour une partie complètement superficielle de son visage : son nez. Au point de vouloir la prendre comme modèle et de la faire poser pour moi ! Évidemment, je suis très vite revenue à la raison et l'observer se mouvoir en société m'a suffit à l'oublier. Elle est devenue très vite fade à mes yeux donc quelconque.
En revanche, j'ai été davantage touchée par la personnalité de sa copine. Un vrai tempérament de feu, un côté excentrique mais tout en retenue. Une sérieuse fofollette si j'ose dire. Ce petit côté paradoxal m'a tout de suite séduit chez elle. Une jeune femme pétillante, pleine de vie et d'envies. Joyeuse, libre d'être et sans paraître. Une jeune femme que l'on a envie de mieux connaître. Et tellement moins rigide et coincée que sa copine.
La soirée a continué. Mon amie s'est payée le culot de dialoguer avec elles et même de les prendre en photo pour moi. Elle a même obtenu leurs prénoms et me les a plus ou moins présenté. J'étais alors incapable de quoi que ce soit. Je n'assume pas mes sentiments ni mes attirances aussi facilement, je l'avoue. Alors je suis restée très distante, limite indifférente. Mais j'ai apprécié que mon amie fasse cela par amitié pour moi.
La soirée bien arrosée, nous avons dansé en pleine rue; avons côtoyé du regard nombres de personnes parties dans le même tripe que nous. J'avais déjà oublié A. qui me semblait finalement sans intérêt lorsque sa copine brune est venue nous saluer.
Que s'est-il alors passé ? Elle a embrassé ma copine et au moment de se tourner vers moi, j'ai tout de suite eu envie de la revoir. Mais comment faire ?
Pas le temps de se poser trente six mille questions, mon premier reflex a été de trouver une excuse pour la revoir... Celle qui m'est venue a été de lui envoyer nos photos et vidéos de la soirée et elle a accepté sans l'ombre d'une hésitation. J'ai alors obtenue son adresse e-mail que j'ai soigneusement recopié sur mon portable à la lettre M...
Je ne pouvais pas m'arrêter là, je lui ai alors demandé si elle se souviendrait de moi d'autant plus si je l'embrassais ? Sans savoir pourquoi ni comment, ma demande est sortie toute seule comme par évidence. Je ne sais quel élan m'a pris mais je lui ai proposé mes lèvres et elle les a accepté, tout aussi naturellement.
J'ai été la première surprise ! Prise quasiment à mon propre jeu de séduction. Et c'est elle, en fin de compte, qui m'a scotché en m'embrassant langoureusement sans même rechigner. Moi qui me serais contenter d'un léger smack de complaisance, elle m'a offert un baiser digne d'un grand soir ! Un baiser qui vous chavire le cœur et les entrailles à la fois. A mon tour de ne pas pouvoir l'oublier après cela !
Sa langue a enveloppé à la fois avec délicatesse et fougue la mienne. J'ai failli défaillir de plaisir. Notre échange a été tellement fort en intensité que j'en ai perdu la notion du temps. A la fois, ce fut un long échange charnel qui n'en finissait pas et à la fois, ce fut un trop court instant de douceur et de volupté.
Elle m'a renversé la tête et s'est enfuie, telle Cendrillon... Était-il déjà minuit que tu t'es ainsi sauvée ? Mais où est passé ton soulier ? Les temps modernes peuvent-ils remplacer la magie de ces temps anciens si romantiques ? Une adresse e-mail enregistré sur un téléphone portable peut-il suffire à raviver cette flamme ?
Une semaine a passé et je suis restée sans nouvelles de ma Princesse. Pas de connexions et je m'en veux déjà d'avoir noté une mauvaise adresse e-mail. Je ne garderai donc d'elle que cet instant intemporel intense. Que le souvenir de ce baiser brûlant que nous avons partagé avec autant de délice l'une que l'autre. Et ces quelques photos gravées sur mon ordinateur, souvenirs de cette émotion.
Oserai-je caresser l'espoir de la revoir un jour ? Dois-je croire que cela soit possible et compatible ? N'était-il pas un moment à vivre seulement dans l'instanté ?
Est-il si peu raisonnable de croire à un coup de foudre ou simplement un coup de fougue absolument délicieux et réciproque ? Suis-je si irréaliste ? Si rêveuse ? Si naïve ? Que puis-je espérer de mieux à ses côtés ? Se souvient-elle seulement de moi ?
J'ai espéré la retrouver sur internet afin de dialoguer avec elle. Puis je me suis résignée. J'ai alors accepté de la garder parmi mes souvenirs les plus beaux bien que les plus éphémères également ! Une étoile filante, en quelque sorte. Mais sans qu'aucun vœu ne puisse s'y rattacher. Juste le bonheur de l'avoir vue.
Quand soudain, elle est apparue sur internet...
Je n'osais y croire, était-ce bien elle, après tout ? Et allait-elle se rappeler de moi une semaine après les faits ? Et puis, était-elle sous l'emprise de l'alcool à cet instant précis et donc capable de se souvenir de notre langoureux baiser ?
Oserai-je lui avouer l'effet qu'a eu celui-ci sur moi ?
Je me suis lancée... je l'ai abordé et elle m'a confirmé ce que je savais déjà. Notre échange a été très intense et vécu comme tel car réellement réciproque. Qu'il est bon de se laisser-aller et de vivre les choses comme on les sent aussi intensément. Pourquoi s'y refuser ? Quel risque autre que celui de se voir refuser un partage sensuel ? Notre ego est-il si grand qu'il nous interdit ne serait-ce que d'être ridicule devant les autres ? Les barrières tombées, nous avons vécu ce que nous devions vivre.
Ni elle ni moi n'avons donc de regrets. J'avoue même n'avoir qu'une envie, revivre cet instant de délice. L'embrasser encore et encore. Lui renverser la tête comme elle me l'a renversé ce soir-là. L'enlacer et l'étreindre aussi intensément.
J'ai vécu ce soir-là les prémices de l'amour charnel et de ce fait, je suis restée, il me semble, sur ma fin. Cette harmonie entre nous a été si forte et si éphémère à la fois. Un énorme coup derrière la tête m'a abasourdi en quelque sorte et puis plus rien. J'ai eu du mal à me relever indemne.
Ma timidité ne me permettra certainement jamais de tenter pareille expérience si je la revoie mais je n'oublierai jamais cet instant magique digne des histoires les plus romantiques de la littérature.
Je me contenterai de la regarder, de lui sourire avec un léger rouge aux joues et nous parlerons de tout et de rien, comme si rien d'extraordinaire nous avait unies. Je n'oserai lui demander : « Morgane-moi encore ! »
Je resterai silencieuse mais pleine de désirs pour elle.

Lyon, 21 juin 2006

Commentaires